Les oeuvres papier présentées dans l’exposition “ D’ici, l’horizon” ont été réalisées avec un processus long, en plusieurs étapes, avec le souci constant de valoriser les matières glanées par le recyclage et des procédés écoresponsables.

Préparation des copeaux de papier

La matière papier a été collectée auprès des architectes qui travaillent dans le lieu d’exposition. Les dossiers devenus obsolètes ont été transformés en copeaux, avant d’être plongés dans un bain de mordançage à l’acétate d’alumine.

Cette étape consiste à préparer la fibre pour qu’elle “accroche” les molécules de couleur de manière optimale. Le mordançage à l’acétate est une technique traditionnelle peu polluante, même si l’utilisation de l’alun reste questionnable au vu des pratiques massives d’extraction de ce sel métallique.

Les copeaux de papier mordancés ont ensuite été séchés avant teinture.

Teinture avec des plantes glanées

Je collecte les plantes les plus abondantes dans les lieux que j’habite au quotidien ou temporairement. Cette pratique me permet de me relier au cycle des saisons, et d’acquérir de nombreuses connaissances botaniques. J’applique autant que possible les préceptes de la Récolte Honorable tels que définis par Robin Wall Kimmerer dans son livre “Tisser les herbes sacrées”.

La partie tinctoriale de la plante peut être le bois, les fleurs, les feuilles ou les racines. Je m’appuie sur des manuels de teinture pour sélectionner la partie intéressante, dont j’extrait la couleur par décoction douce dans de l’eau de pluie.

Les copeaux de papier sont ensuite plongés dans le bain de teinture chaud préalablement filtré. Une journée d’attente est généralement nécessaire pour que le papier se gorgent de couleur.

De la cuve à la feuille de papier

Les copeaux de papier teints sont ensuite passés au mixeur pour devenir la pâte à papier. A cette étape, j’explore les textures en ajustant la finesse de mixage, ou encore en ajoutant des fibres végétales (fines brisures de bois, pétales de fleurs, etc…). La pâte à papier est versée dans un bac avec ajout d’eau, et devient ainsi la “cuve”.

Après avoir brassé la pâte pour mettre les fibres en suspension dans l’eau, je plonge verticalement ma forme à papier (un tamis rectangulaire) dans la cuve, puis je la relève horizontalement. La pâte s’est déposée sur la forme et s’égoutte, la feuille apparait! La feuille est ensuite “couchée” sur un support à plat, détachée de la forme grâce à de petites pression avec un éponge.

Le rapport de proportion pâte/eau détermine l’épaisseur des feuilles. Au fur et à mesure de la production, la cuve s’épuise et les feuilles deviennent donc plus fines.

Séchage et récolte des feuilles

Les feuilles humides, bien déposées sur leurs supports, sont mises à sécher à l’air libre quelques heures ou jours, selon leur épaisseur et la météo.

Viens ensuite le moment exaltant de la récolte, les feuilles se détachent de leur support et révèlent leur textures et couleurs finales.

Pour intensifier la couleur, j’ai parfois retravailler les feuilles avec la couleur végétale utilisée pour le bain de teinture, que j’ai transformé en encre bien concentrée en évaporant l’eau (par décoction ou par évaporation plusieurs heures en plein soleil).

Tri et sélection de la palette

Lorsque les feuilles sont bien sèches, elles sont placées quelques jours sous presse pour niveler leur épaisseur et les aplatir.

Je les trie ensuite par épaisseur et par intensité de couleur.

Lorsque je commence une nouvelle composition, je sélectionne les feuilles qui m’intéresse pour constituer ma palette.

Fragmentation et composition

Je sélectionne les parties des feuilles qui m’intéresse et je les découpe à l’aide d’une règle, plus rarement avec des ciseaux. Cette méthode me permet de conserver des bords vaporeux qui laissent parfois apparaître les fibres du papier.

Les fragments de papiers sont ensuite composé sur le mur, fixés temporairement avec des épingles de couture. Ce travail de composition est fait d’essais, de tâtonnements, de changements de direction, de choix successifs. Je travaille souvent deux compositions en même temps, l’une répondant à l’autre.

Pour les œuvres de l’exposition “D’ici, l’horizon”, j’ai travaillé les deux faces de chaque composition, la retournant régulièrement pour ajuster simultanément le recto et le verso.

La composition finale prend quelques jours, voire quelques semaines, avant d’être définitivement arrêtée.

Couture et système d’accroche

L’assemblage des fragments de papier est fait à la machine à coudre, car je souhaite éviter l’utilisation de colle. Cette méthode permet aussi de garder de la souplesse et du relief, et certains fragments sont volontairement laissés libres de voleter légèrement.

Pour que les lignes de couture soient les plus discrètes possibles, j’utilise des fils de coton teints avec les mêmes plantes que le papier.

Si nécessaire, pour renforcer une couture fragile ou une déchirure dans le papier, j’utilise un peu de colle d’amidon fabriquée avec de la farine de riz.

Pour le système d’accroche en suspension, une baguette double en chêne vient pincer la ligne supérieure de l’œuvre, et elle est fixée à la colle d’amidon.

Prises de photos en extérieur

La prise de photos en extérieur fait partie intégrante du processus.

Les éléments naturels agissent sur l’œuvre et la révèle dans toutes sa complexité. Les textures et nuances varient en fonction de la luminosité du jour, les compositions réagissent aux courants d’air en fonction de l’épaisseur et de la taille des fragments de papier, les insectes curieux sont attirés par les couleurs les plus vives…

Ces photos ont été prises en septembre, sur le mur en pierres bordant le chemin au fond de mon jardin, à Rontalon, dans les Monts du Lyonnais. Je retiens de cette séance de photos la morsure du soleil, le bruit craquant des œuvres ballotées par l’air chaud, la luminosité intense des couleurs, et les nombreuses piqures de moustiques!

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